Certains auront noté à travers mes précédents billets mon
intérêt pour la course automobile. Les plus attentifs auront peut-être même
remarqué que dans le vaste monde du sport auto, l’endurance avait ma
préférence ; c’est que, depuis mon plus jeune âge, je me rends chaque
année, et avec autant de plaisir, aux 24 Heures du Mans.
L’événement, né en 1923, est considéré comme l’une des trois
plus prestigieuses courses automobiles au monde, avec le Grand Prix de Monaco
et les 500 Miles d’Indianapolis. Pour les besoins de la promotion, les
organisateurs éditent chaque année une affiche officielle. Nombreux sont les passionnés qui les collectionnent ; j’ai moi-même un tiroir
dans lequel en reposent une dizaine. Elles sont, il faut l’avouer, inégalement
réussies. Depuis quelques années, elles me déçoivent particulièrement ; criardes, racoleuses, elles en sont presque devenues vulgaires. C’est néanmoins avec
attention que j’ai suivi le dévoilement de l’affiche officielle de 2015, il y a
trois semaines. Peut-être serait-elle plus réussie ? Je vous laisse constater l'étendue du désastre :
Que tant de noms de constructeurs et partenaires soient mis en évidence n’est pas le problème ; il s’agit d’une affiche
commerciale. Mais pourquoi ces fausses traînées de vitesse ? Pourquoi
cette carte du monde au second plan ? Et pourquoi cette énorme accroche
vide de sens ? Au-delà du mépris esthétique, il y a un côté « tabula
rasa » et « open to the world » qui sent la niaiserie. Le Mans a
pourtant beaucoup à faire valoir. Son histoire de près d’un siècle, ses virages sur fond de campagne sarthoise, ou encore cette atmosphère qui enveloppe les stands
à la tombée de la nuit auraient pu, je le pense, mieux inspirer les concepteurs
de cette affiche.
Revenons en arrière. J’aime beaucoup l’affiche de la
première édition :
La police de caractère, le programme de l’événement, ou
encore le choix du dessin type « bande dessinée » ; tout sent les années
folles. On entendrait presque, à la lecture de ces lignes, l’intonation et
la voix nasillarde des présentateurs radio de l’époque. L'illustration me plaît également beaucoup ; en représentant la calme nuit
sarthoise percée par la furie des bolides, les dessinateurs, avant même la
première édition, avaient saisi l’essence du Mans. La formule fut ainsi déclinée
les trois années suivantes :
Impossible de mettre la main sur des affiches pour les décennies 30 et
40. Une grande grève dans l’industrie automobile en 1936 et la Guerre ont
certes privé le public de dix éditions, mais pour les autres, je crois pouvoir
conclure de mes recherches qu’elles ne furent pas promues de cette manière.
Nous voilà donc en 1951. L’affiche officielle, assez
fantaisiste, met pour la première fois en scène le Pneu Dunlop, véritable
emblème du circuit, qui sera le théâtre de bien d’autres affiches :
Les affiches de 1954 et 1955, malgré un petit côté art soviétique, sont, je trouve, très réussies :
La couleur – la vraie – s’invita en 1956 avec l’aquarelle,
technique picturale qui entretiendra dès lors une relation privilégiée avec le
sport automobile :
Entre ces deux jolies affiches, celle de 1957, très
curieuse, fait un peu tache. Consolons-nous en nous rappelant que dans le sport
automobile, les sorties de pistes sont inévitables :
J’ai parlé il y a quelques semaines de l’élégance du pilote.
J’aurais pu également illustrer mon propos par l’affiche de 1959 qui reste, à
mes yeux la plus réussie de l’Histoire du Mans :
Le moment du départ fut lui aussi choisi pour illustrer l’affiche
de 1960, mais, pour la première fois, en photo. Notez au passage la proximité
du public avec les voitures, impensable aujourd’hui :
L’aquarelle revint en 1961 sur ces trois affiches que je classerais également parmi mes favorites, au second plan desquelles sont représentés les pins qui bordent
encore aujourd’hui le circuit :
La photographie s’imposa dans les affiches officielles à
partir de 1964. Elles gagnèrent alors en réalisme ce qu’elles perdaient en
énergie et fantaisie :
Le circuit fut légèrement modifié 1972. Pour le faire
savoir, il y avait sûrement mieux à faire que de réaliser cette affiche :
L’idée du dessin fut reprise par la suite dans un style
typiquement années 70 qui ne manque pas d’intérêt :
Durant les années 80 et 90, un nouveau type d’affiche s’imposa, celui du « portrait » d’une ou deux voitures. L’idée, venant à une époque où les celles-ci n’étaient plus aussi belles, fut assez mal exploitée, et donna des affiches sans grand caractère :
La dernière des affiches "portrait" date de 2000. Plus énigmatique, à l'accroche discrète et pertinente, elle fut plus réussie que ses aînées :
Dans un autre style, j'aime aussi particulièrement celle de 2001 :
Cette dernière préfigurait-elle l’affiche du XXIème
siècle ? La même Bentley nous emmena pourtant dès 2002 dans une direction
inattendue. Leur logo grossis et leur image saturée en couleurs et reflets,
les affiches prirent alors un côté « jeu vidéo » qui, je le crains,
vieillira assez mal :
Je ne pouvais pas ne pas m’arrêter sur l’affiche de 2008,
représentant le combat légendaire entre Peugeot et Audi, entre les bleus et les
rouges, entre la vaillance française et la rigueur germanique. Notez
l’astucieux reflet nocturne en bas de l’image :
Nous voilà en 2010. L’affiche officielle entrait alors dans
la ligne droite qui la mènerait vers celle que j’ai présentée en
introduction. Image sans équilibre, accroche vide de sens, seconds plans hors
sujet… Le souci esthétique a définitivement déserté le cahier des charges :
Que l'on aborde en société la question automobile et se font systématiquement entendre des regrets. J'essaye comme je peux, sur ce blog, de ne pas tomber dans ce travers. Mais sur le sujet que j'ai choisi aujourd'hui, je dois bien reconnaître qu'une fois de plus, c'était mieux avant.
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